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Marguerite Jeanne Carpentier (1886 - 1965)

J’ai décidément un esprit lent, un tempérament à émotions profondes qui ne vont pas avec le temps pris dans son sens de durée. Maintenant, je sais me diviser en deux, être sociable et commerçante autant que je peux l’être, ne point négliger les besoins du corps et de distraction et écouter en moi le sourd fracas de l’eau profonde qui veut renaître grand fleuve.
Journal - novembre 1940
Avant tout je suis un artiste voluptueux.
Journal - juillet 1938
Oh, pouvoir enfin faire de l’art pour soi, protégé par un mécène qui réalise le faste solitaire rêvé par les grands romantiques, rêve septentrional ému par le souvenir de la Grèce, allier à la beauté plastique, à la limpidité latine (je veux dire par là l’horreur de la confusion impuissante) le mystère du sens tragique du Nord. Quel rêve !
Journal - Introduction - 1930
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Biographie, quelques dates

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Marguerite Jeanne Carpentier naît à Paris en 1886.

1903 - Elle intègre l’Ecole des Beaux-Arts de Paris section peinture (professeur Humbert), dans l’atelier de JP Laurens. En sort diplômée en 1909.

1906 - Séjour à Rome.

1912 - Elle expose pour la première fois à la Société Nationale des Beaux-Arts dont elle deviendra sociétaire en 1925, ainsi qu’au Salon des Indépendants. A partir de cette date elle y présentera de très nombreuses œuvres, régulièrement, jusqu’aux années 50.

Les ateliers successifs de Marguerite Jeanne Carpentier se situent :
  • 2 Rue de Dantzig à « La Ruche » (1906-1914),
  • 23 Boulevard Gouvion-Saint-Cyr (1915-1924),
  • 4 rue de la Source à Auteuil (1925-1936), -*147 Avenue de Villiers et 29 rue Descombes (1936-1965), dans un grand immeuble d’ateliers pour artistes femmes, commandité par la statuaire Hélène Bertaux dès 1880.

1919 à 1930 - De jeunes artistes femmes se réunissent autour d’elle, attirées par la force de son talent et son indépendance d’esprit. Des photos retrouvées récemment montrent que vers 1920, une vingtaine d’entre elles fréquentait l’atelier de la rue de la Source.

1924 - Elle reçoit le Prix de sculpture de la Ville de Paris pour Le Gamin de Paris

1929 - Marguerite Jeanne Carpentier perd celle qui fut longtemps sa compagne de vie, Tamia Stamatiadis. Son frère Georges, acteur de la troupe Pitoëff et l’un des fondateurs du Syndicat des artistes dramatiques, décède également cette année-là.

1930 - Elle commence la rédaction de son Journal d’artiste, document de 1200 pages largement illustrées. D’une qualité littéraire certaine, il décrit sa vie d’artiste parisienne de 1930 à sa mort en 1965.

1932 – Exposition à la Galerie Charpentier.

1950 - La Société Nationale des Beaux-Arts lui attribue son Grand Prix pour l’ensemble de son œuvre sculpté.

1965 - Marguerite Jeanne Carpentier décède sans héritier à Paris. Son atelier est dispersé à Drouot en juin 1966.

Depuis lors des collectionneurs travaillent à la préservation de son œuvre et de celle de ses principales élèves, au sein de collections privées.

Le catalogue raisonné des œuvres de Marguerite Jeanne Carpentier comporte aujourd’hui plus de 1500 titres, constituant une base de données très renseignée : achats de l’Etat, circulation des œuvres, état des œuvres, sources…

L’œuvre de Marguerite Jeanne Carpentier est en phase de redécouverte dans les galeries et maisons de ventes, en France et en Europe.

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Livret Carpentier : "La refusée"
Autoportrait à la robe de chambre Gamin de Paris

Le Journal d’artiste de Marguerite Jeanne Carpentier

Les collections Marguerite Jeanne Carpentier possèdent son Journal d’artiste composé de douze cahiers cartonnés illustrés de centaines de dessins. Ce document, rédigé sur une période qui va de 1930 à sa mort, constitue un riche fonds éclairant les multiples aspects de son œuvre et de sa pensée.

Il faut continuer ce Journal comme si jamais il ne devait être publié, pour un seul confidentiel exutoire. Il y aura des leitmotive qui reviendront, des scories. Ce serait le travail d’un styliste d’élaguer ces excroissances et ces répétitions au milieu d’une abondance tumultueuse, mais ce n’est ni mon métier, ni mon but. Mon but, si j’en ai un en cette vie de fleuve multiforme qui va vers l’inconnu et évolue sans cesse, mon but est la connaissance de soi-même et de l’Art. Et justement, ces répétitions m’aideront dans cette recherche et je formulerai ainsi ce qui me hante.

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier – Tome 5 – 1943

Vidéo : le journal de Carpentier.

Dessin Taureau Jeune fille à bicyclette

Portraits et autoportraits : l’analyse la plus aiguë d’un masque

Une tendance bien caractéristique de mon esprit, c’est d’aller du particulier au général, de faire l’analyse la plus aiguë d’un masque, d’une silhouette, de faire une description balzacienne d’un paysage, d’une maison et ensuite de les transposer sur un plan décoratif et rubénien.
 
Journal de Marguerite Jeanne Carpentier – Tome 4 – 9 octobre 1941
Autoportrait - Sanguine Thérèse Rotil Hekking - Huile Jeune fille de la rue Descombes - Huile Gerard Hekking La petite marinière

Paysages : les routes de la forêt sont innombrables

Pour peindre la forêt il faudrait accumuler des documents de toutes sortes : rocs, rocs moussus, nus, humides, tachetés de lichens multicolores, bizarrement sculptés, entassés les uns sur les autres dans des combes pleines de fougères ou hissés sur des coteaux […] terrains cahotiques et mousseux formés par d’anciens lits de rivière, terrains couverts de feuilles mortes et d’aiguilles de pin, d’autres blanchis par l’épaisse couche de grès – enfin, possédant cette ample bibliothèque, imbue de ces forces mystérieuses, de ces aspects si variés, composer des tableaux.

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier – Tome 4 – 25 août 1941

Le grand saule - Huile sur toile Sentier dans la forêt 1946 - Gouache Les rochers Cour de ferme

Natures mortes : toutes choses belles et attachantes à rendre

Le Journal de Marguerite Jeanne Carpentier mentionne un nombre non négligeable de natures mortes achetées à son atelier : fruits, fleurs, poissons. Celles que nous connaissons, peu nombreuses malheureusement, sont traitées en pleine pâte, dans une furia de couleurs où la vie afflue. Dans ses grandes compositions, elles accompagnent le décor où évoluent les personnages.

Le jaune, l’orange vibrent intensément dans la lumière – il faudrait combiner d’incroyables sonorités, avec le reflet du soleil dans la cuisine, sur les poteries et les cuivres mordoré très profond ; des gammes orangées, pleines et luisantes, des blancs à peine dorés, éclatant de lumière, des crèmes compacts, hachés de bleus puissants et chauds, avec des ombres profondes, violacées, des fonds gris bleuté et gris chaud de second plan sur les torchons – un cortège magnifique, dans une chaude lumière, tellement montée de ton et paroxystique dans la plénitude.

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier -Tome 3- Avril 1936

Lilium Roses La théière

Paris : je me retrouve dans la peau d’un vieux philosophe...

Je me retrouve dans la peau d’un vieux philosophe, qui ira dans Paris, vêtu n’importe comment, en quête de croquis. S’il n’avait pas fait ce soir un froid lunaire, avec dans le ciel des petits nuages moutonneux, je serais allée dessiner un nocturne parisien.

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier – Tome 1 – 2 décembre 1930

I. Le “Vieux Paris” : lithographies et eaux fortes

 
Les 12 lithographies et 20 eaux-fortes qui composent les deux albums des « Vieux coins de Paris » (1930) présentent, outre leur qualité esthétique, un grand intérêt historique. Elles montrent la pérennité de la beauté de Paris et témoignent aussi des modifications survenues au cours du temps (cas de l’Auberge du Compas d’Or rue Montorgueil, de l’accès à l’église Saint-Julien-le-Pauvre…).
 
Du point de vue sociologique, il nous semble intéressant de découvrir, avec Marguerite Jeanne Carpentier, un talent de graveur femme au début du XXe siècle. On connaît les grandes dynasties de graveurs hommes des XVIIe et XVIIIe siècles français (les Tardieu, Cochin, St Aubin...). Mais on connaît mal la place des femmes dans ces ateliers familiaux. Les épouses respectives de Jacques Callot, de deux des Tardieu, de Nicolas Cochin, de Bernard Lépicié et de Simon Belle étaient elles-mêmes graveurs, mais leur contribution resta anonyme, leur signature n’apparaît pas. Il faudra attendre le XIXe et le XXe siècle avec Louise Abbema, Mary Cassatt, Berthe Morisot, Suzanne Valadon, Maria Helena Viera da Silva pour que des femmes graveurs atteignent la notoriété.

AutoportraitRue DomatRue de NeversFontaine de la Reyne

II. Le petit peuple de Paris

L’artiste observe, au cours de ses longues déambulations à travers la capitale, passants se bousculant dans les rues, habitués des bistrots « tapant le carton », forts des halles, clochards, artisans …

L'apéroLe déjeuner aux HallesLa beloteLa clochardeLe garçonLe badaud

III. Paysages parisiens

Hier matin féerie. L’hôtel Lambert, marron gris clair, avec taches or, crème, tout cela chaud et fin dans les gris bleus, les blancs dorés des maisons, les arcs boutants de Notre Dame roses dans le mystère d’un ciel épais et bleuté – le fleuve de plomb fondu.

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier - Tome 7 - 31 janvier 1947

Rue poissonièreQuai CitroënRue Montensier

Les grandes compositions

Dans la première moitié du XXe siècle, la mode est aux grandes compositions ornementales commandées pour décorer les murs des monuments publics : hôtels de ville, musées et autres panthéons . À Paris et dans les environs de Paris, de riches amateurs d’art aiment orner leurs vastes appartements ou leurs résidences à la campagne de grandes toiles décoratives.

Bacchus (détail) - HuileAriane - Huile

Certaines des compositions de M.J.Carpentier sont le fruit de ses visions poétiques ou philosophiques, tel « Temps modernes » (1m04x1m29). Cette toile, exécutée pendant la Seconde Guerre mondiale dans un camaïeu de terres qui en souligne l’aspect dramatique, fut présentée au Palais de Tokyo en mai 1949, à l’occasion du Salon de Mai (ouvert en 1945).

La Légende hongroise - Huile

Les nus : le frisson de la chair

Pétrir des grandes masses de chair d’un beau dessin charnel et sculptural, animé d’un style fougueux et sensible – de beaux corps bien bâtis, des torses et des membres en volume, éclairés légèrement de côté et calés par de beaux accents…

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier - Tome 6 - 27 mars 1945

Le caraco rose - Huile La petite pantoufle Nu aux trois crayons

Les sculptures : la main du formier

L’enthousiasme conscient, l’exécution passionnée tenue dans la main de fer du formier, voilà mon tempérament. Je dois travailler par les volumes et la tache de lumière soutenue par des accents, bien plus que par l’effet. Rythme, rythme ardent, rythme de flot, rythme plein.

Journal de Marguerite Jeanne Carpentier - Tome 5 - 1943

Peu de femmes ont réalisé des tailles directes. Nos recherches les plus récentes ont permis de retrouver des pierres et des marbres exécutés par Marguerite Jeanne Carpentier, à diverses périodes de sa vie.
Plusieurs bronzes ont été édités par Susse et Hébrard.
Les collections Marguerite Jeanne Carpentier disposent de plâtres, de nombreuses terres cuites, d’un marbre et de 2 bronzes.

Les yeux clos - Terre crue Statue dans un parc Jules Verne Françoise Verner-Hekking Caliban

Etude d’une oeuvre : Eros, Plutus et la Gloire

Plusieurs études préalables montrent l’évolution et la recherche du peintre : huile sur papier marouflée sur une toile avec intermédiaire, dessin à la plume, dessin au crayon, crayon d’après sculpture, modelage d’un des personnages.

La technique employée pour l’oeuvre définitive est de l’huile sur toile de lin ; l’artiste précise dans son Journal « qu’elle est peinte avec sa palette simplifiée »... « L’accord de la clef harmonique [est] conçu dans des tonalités d’or sombres, légère note rose chaud.. »

Eros, Plutus et la Gloire est une oeuvre de grande dimensions : 240 x 210. Elle date de 1942. Elle a été inspirée à M.J. Carpentier par un des poèmes en prose de Baudelaire du recueil Spleen de Paris.

Deux superbes Satans et une diablesse, non moins extraordinaire, ont la nuit passée monté l’escalier par où l’Enfer donne assaut à la faiblesse de l’homme qui dort et communique en secret avec lui.
Charles Baudelaire - Spleen de Paris

Après la mort de l’artiste, la toile a été vendue en 1945 à l’hôtel Drouot à un de ses fervents admirateurs. A la mort de celui-ci elle a été acquise par une galerie de la rue de Seine. Elle est aujourd’hui conservée dans une collection privée.

Dans le Journal de M. J. Carpentier on peut lire qu’elle considérait cette toile comme une de ses oeuvres maîtresses.

Marion Boyer - Conservatrice du musée Elise Rieuf

Etude jambes - Huile Dessin - Plume Eros, Plutus et la Gloire - Huile Académie - Crayon Le songe - Dessin d'après sculpture

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